Archives mensuelles : septembre 2014

2 septembre

À 5 heures, tout le régiment est rassemblé dans des champs à la lisière du village. Nous partons.

On arrive bientôt à Grandpré. Après une halte à l’entrée du bourg, nous le traversons. Il est désert. GrandPreTous les volets sont clos. À la lisière sud, la route longe une lisière de bois et bientôt nous nous arrêtons un bon moment de nouveau. On en profite pour saccager les vergers.

Extrait de la carte d’état-major – Source : Géoportail

Nous repartons. Il peut être 7 heures. Nous tournons à gauche ; temps splendide. Nous arrivons dans un village à 5 km de là, Termes.

Après une pause nous repartons et traversons bientôt une voie ferrée.

À gauche dans une pâture, nous apercevons quantité de chevaux et voitures de fugitifs. Gallica-fuitePop2Soudain nous recevons une vingtaine de gros obus percutants*. Ceux-ci sont trop courts de 100 mètres et tombent en majeure partie dans le camp des fugitifs. Toute la colonne de troupes prend aussitôt le pas de course. Nous n’avons pas le temps de voir les conséquences du ravage. L’impression est pénible. Je vois malgré tout encore une femme affolée, tenant un enfant dans ses bras et fuyant à travers champs vers le village de Mouron.

Un peu plus loin nous faisons halte à Senue.

La marche prend bientôt l’allure d’une fuite. Peu ou pas de pause et allure vive.

Je revois le général de brigade Lejaille* et l’entend dire en passant « Nous avons échappé à une belle saignée ». Nous prenons à travers champs. Il est midi. Nous nous demandons où nous allons. Enfin nous rencontrons un village, Autry. Il est 3 heures. Ce doit être l’étape, car on s’y arrête ; mais pour repartir de nouveau dans un champ au sud du village, le long de la lisière d’un bois.

Extrait de la carte d’état-major – Source : Géoportail

On s’arrête, nous pouvons faire du feu ; mais pas de ravitaillement.

On prend le parti d’étendre des bottes de paille dressées sur le champ.

Des avant-postes sont installés.

La nuit tombe. Harassés de fatigue et l’estomac creux, on s’endort, malgré le bruit des autos et des convois d’artillerie qui passent sur la route à proximité.

1er septembre

Repos à Chevières, près Grandpré

Extrait de la carte d’état-major – Source : Géoportail

On se réveille tout étonnés qu’il soit grand jour. Il est 9 heures. Quoi ! Un repos ? Quelle chance !

À 10 heures, l’aumônier de la division dit une messe dans la petite église. On peut se confesser. La majorité d’entre nous s’y rendent.Gallica-messe2
L’après-midi, beaucoup vont se baigner et laver leur linge dans un petit étang. Quel délice ! Je fais comme tous et change de linge, l’unique chemise que j’ai pu mettre dans le coffre de la voiture de compagnie.

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Camp de la Croix-Gentin entre Vienne-la-Ville, la Chalade et Moiremont : lavage du linge – 1915.07.27 ©Ministère de la Culture (France) – Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine – Diffusion RMN

Un renfort de réservistes est là. La compagnie revient à son effectif de guerre.

On mange en popote* midi et soir. Nous sommes heureux ! On fait la sieste ! Les fatigues sont déjà oubliées ?

Je suis nommé sergent fourrier*, Lannoy passe sergent major en remplacement de Monchy nommé adjudant à la 7e compagnie. Le capitaine aurait préféré garder Monchy. Je vais donc faire partie de la liaison du bataillon. Jamesse prend ma place de caporal fourrier. Un nouvel adjudant, en sergent major promu, part à la 5e compagnie.

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Général Gérard

Dans la soirée, sur la place, je vois le général Gérard commandant notre corps, le 2e C.A., venu en auto, conférer avec le général de brigade Lejaille qui loge dans le village.

Je serre la main à des habitants de Marville qui ont fui l’invasion, les personnes chez qui le commandant Saget et ses officiers tenaient popote.