Archives mensuelles : octobre 2014

3 octobre

Chaque matin, de très bonne heure, on profite du brouillard pour faire un peu de feu et préparer un quart [1] de café chaud. On descend ensuite vers le ruisseau à contrebas de la route, à gauche, où on peut se débarbouiller. toiletteRiviereLes matinées en général sont calmes et les après-dîners mouvementés.

Dans la journée, le sergent major de la 7e est tué. Le fourrier Gallois doit s’acquitter de toute la comptabilité.

La 5e compagnie repart le soir en réserve. La 6e compagnie lui succède en première ligne. Les hommes de la 6e se plaignent de ce que le lieutenant les bouscule, les traitant de tous les noms. Il a sans doute pris le parti de son capitaine contre le nôtre.

Dans la nuit, passe le sergent major de la 8e compagnie, transporté par les brancardiers. Il est blessé d’une balle à la cuisse.

brancardier2


Quart[1] Quart : Petit gobelet de fer-blanc avec un anse qui contient un quart de litre, la ration de vin ou de café des soldats et qui faisait partie du paquetage.

2 octobre

Les jours se suivent et se ressemblent. On commence à désespérer d’être relevés [1].

Dans l’après-midi, profitant d’une communication au capitaine, je vais voir quelques amis dans le bois : la sectionen réserve, car il n’y a que trois sections en ligne.

Vers midi, ce sont toujours des obus jusque 2 heures. On connaît l’heure.

Les nuits sont toujours froides. On se réveille les pieds gelés. Les repas, à part celui que nous prenons à minuit et qui est en moitié chaud, sont toujours froids. De plus, l’abus de conserve fait que beaucoup se plaignent de diarrhée. J’en ai ma part.

 


[1] La relève : c’est le remplacement d’une unité par une autre dans les tranchées. Opération dangereuse car bruyante et conduisant au regroupement d’un grand nombre de combattants, elle se fait généralement de nuit. Sa périodicité n’est pas fixée strictement, mais une unité en première ligne est généralement relevée au bout de quatre à sept jours. La relève s’effectue par les boyaux.

1er octobre

Nouvelle anecdote que le sergent major me raconte. La nuit, le lieutenant Girardin fait faire des feux par salves [1].CP-salveInfanterie

Le capitaine lui fait dire par Delbarre que « c’est idiot de tirer comme cela et d’user des munitions en pure perte. Ensuite les feux des coups de fusil aident l’ennemi à repérer les positions la nuit ». Delbarre fait la commission et répète le mot « idiot » qui froisse l’officier. Celui-ci passe le commandement à un sous-officier et vient demander des explications au capitaine. C’est désagréable pour lui ! Il veut relever Delbarre. Lannoy, le sergent major, a heureusement tout aplani.

Gallica-patrouilleDans la matinée, le sergent Rozoy, faisant une patrouille*, est blessé au bras légèrement, « le temps de me faire panser, dit-il au capitaine, et je reviens ». Ce dernier déclare que c’est un brave. Rozoy salue le commandant en partant.


[1] Salve : Plusieurs coups d’armes à feu qui se tirent en même temps à l’exercice ou dans le combat.